Les premières années textiles

Après avoir tissé sur un métier basses et hautes lices pendant plusieurs années, j’ai travaillé sur mes tissages avec de la peinture et des pastels, puis j’ai ajouté des détails avec une aiguille et de la soie. J’aimais le relief et la couleur apportés par cette matière, mais je trouvais qu’un tissage se suffisait à lui-même et que c’était dommage de le masquer avec de la peinture. J’ai abandonné les métiers à tisser pour entrecroiser (tisser sans métier) des bandes de feutrine, des sangles et des biais, et les maintenir entre elles avec du fil à broder.

détail 10 X 10 cm - 1983

Puis j’ai abandonné l’idée de tissage, de croisement, pour travailler des grands carrés de feutrine maintenus entre eux par de la broderie.

170 X 170 cm - 1985

Obtenu une bourse de recherche à la Fondation de la Tapisserie, des Arts du tissu, et des Arts muraux de la Communauté Française de Belgique. C’est à ce moment que j’ai commencé à travailler sur des tissus industriels de lin ou de coton, que j’ai peints, imprimés, brodés. Il s’agissait néanmoins de pièces uniques qui voulaient exister en tant que telles et qui n’avaient pas de fonction particulière. Elles pouvaient avoir de multiples usages si l’utilisateur y trouvait un certain plaisir.

17 X 22 cm (détail) - 1991

140 X 300 cm - 1988

C’étaient des tissus à vivre.

Au départ, il y a toujours un tissu industriel uni, une grande zone belle, insignifiante et plate. Le temps qui passe, la couleur qui s’y ordonne en lumière et ombre : équilibre. Peinture et broderie créent le motif où dessins et couleurs suivent un économie élémentaire. Couleur. Lumière. Noirs toujours réinventés. Multiples éclats.

Jean-Marc Gay

Par opposition à la broderie traditionnelle mes points ne sont pas parfaitement égaux : j’utilise l’aiguille comme un crayon, c’est le trait qu’elle fait sur les aplats de peinture grâce aux fils de couleurs qui m’intéresse.

Ainsi, les dessins et couleurs suivent une économie élémentaire, progressive. Formes et tons sont identiquement maintenus en une simplicité d’origine, c’est-à-dire aussi d’enfance et (donc) de jeu. Comme d’un vocabulaire immédiatement généré et ludique, Dani Tambour use de la ligne, du carré, de l’arc-en-ciel. Rien de bien neuf sans doute dans cette limitation des composantes de l’objet esthétique (l’art contemporain compte tant de privitivismes déjà), mais il est d’autres enjeux que les révolutions de style, d’autres critères que l’histoire et ses modes. Moins éphémères peut-être sont ces relations de justesses chromatiques, de sensibilités accordées, de simplicité vraie ; moins évidentes et sujettes à discours aussi.

René Debanterlé